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Déc-2013

All in Bamboo, c’est l’idée d’une famille qui construit tout ce qui est possible dans ce matériau avec une main experte – Cam Thanh Village, Vietnam

OLYMPUS DIGITAL CAMERASitué à quelques minutes seulement à vélo de la très touristique cité de Hoi An, le village de Cam Thanh se caractérise par son innombrable quantité de plantations de bambous et de palmiers. C’est grâce à cela que vit Vo Tan Muoi, 73 ans, et son fils Vo Anh Tan. Ici, les paisibles vélos ont remplacé l’infernale circulation de scooters, voitures, bus et camions qui longent la route côtière à quelques kilomètres à peine. Nous nous y sommes baladés à vélo une journée durant, sur les petits chemins cimentés sillonnant entre les plantations. Le village est situé sur la côte vietnamienne, et quelques décennies plus tôt, l’eau recouvrait encore le village. Les multiples étendues d’eau autour desquelles sont construites les habitations permettent aux bambous et aux palmiers nypa – une espèce qui se développe exclusivement dans l’eau – de pousser très rapidement. C’est dans ce décor splendide que nous sommes venus interroger une famille sur leur activité très écologique.

C’est le père, M. Muoi, qui a commencé à construire des objets en bambou il y a quelques années. Suivis par son fils, ils travaillent aujourd’hui main dans la main, et ont étendu leur catalogue de produits du téléphone en bambou jusqu’au bâtiment entier. Nous avons été accueillis à bras ouverts par Tan, le fils, que nous avons trouvé chez lui, dans son atelier qui lui sert également de lieu de vie. Nous avons eu la chance de rencontrer son père, qui lui aussi travaillait ici ce jour-là. Très sympathique, Tan nous a fait faire un tour de la propriété, une sorte de showroom grandeur nature. Au cours de la visite, nous avons pu découvrir le processus de production, tout à la main.

Un processus de fabrication 100 % manuel utilisant uniquement des matériaux renouvelables

OLYMPUS DIGITAL CAMERATout commence par la coupe des 2 matériaux principaux : les bambous et les palmiers nypa. Le plus grand avantage du bambou, c’est sa croissance très rapide, qui permet une consommation importante sans pour autant atteindre un stade de déforestation. Le bambou est donc coupé, puis submergé durant 6 mois, ce qui lui apporte une plus grande résistance, allongeant ainsi considérablement sa durée de vie, car cela empêche les termites d’y pénétrer. Lors de notre visite, M. Muoi était justement les pieds dans l’eau en train de ressortir les tiges de bambous après leur période sous l’eau. 10 jours sont ensuite nécessaires pour qu’ils sèchent. La majeure partie du bambou est utilisée : les racines, souvent courbées, sont utilisées pour les parties arrondies des produits, alors que les tiges sont utilisées suivant leur diamètre, pour apporter un compromis parfait entre légèreté et solidité.

Le palmier nypa, quant à lui, est une espèce qui ne pousse qu’en Asie du Sud, et dont le stipe – terme utilisé pour qualifier la tige des bambous et des palmiers, également appelé faux-tronc – est submergé. Seules les feuilles sont à la surface de l’eau. La présence d’eau en abondance dans le village de Cam Thanh est idéale pour sa croissance. Une fois coupées, les feuilles sont étalées sur le bord des chemins du village pour sécher, jusqu’à ce qu’elles passent de leur couleur verte naturelle au marron en deux semaines environ.

Une fois les deux matériaux secs, le père et le fils laissent libre court à leur imagination : téléphone à l’ancienne, mobiliers tels que fauteuils, chaises à bascule, chaises longues, bancs, lits, tables, étagères, tout y passe. Bien entendu, la production étant réalisée 100 % à la main, tous ces objets sont réalisés sur commande, et sont tous sur mesures ! Après le mobilier pour la maison, c’est au tour de la maison elle-même. C’est ici qu’interviennent les feuilles du palmier nypa, servant à la confection du toit. Une épaisseur d’une dizaine de centimètres de feuilles permet à l’habitation de rester étanche durant une quinzaine d’années dans le climat vietnamien, c’est-à-dire 15 rudes saisons des pluies ! Passé ces années, il suffit de décrocher l’épaisse couche de feuille et de la remplacer par une nouvelle, et c’est reparti pour une nouvelle période de 15 ans, la structure en bambou ne vieillissant quasiment pas, protégée des intempéries par les feuilles. Ainsi, le père et le fils, épaulés d’une équipe d’une douzaine de locaux, construisent suivant la demande des maisons, des resorts, des coffee-shops, restaurants, pensionnaires, etc. Le prix au mètre carré est d’en moyenne 23 €/m² pour la charpente et le toit, contre 30 €/m² en ajoutant les légères fondations, les cloisons et les murs extérieurs.

L’ensemble des produits réalisés ici est assemblé sans métaux, c’est-à-dire sans clous, vis, fils de fer, équerres, et j’en passe. Il en résulte un catalogue quasi illimité de produit 100 % écolos, au design très chaleureux.

Les vélos en bambou : la nouvelle passion de Tan

Depuis maintenant 2 ans, Tan, le fils, s’est spécialisé dans la conception de cadres de vélos en bambou. Les différentes parties du cadre sont réalisées avec des tiges de bambous sélectionnées une par une pour obtenir un cadre à la fois léger, mais résistant. Chaque tige est reliée aux autres via de la fibre de chanvre, recouverte par de la colle transparente, donnant un rendu final époustouflant. Peu à peu, Tan se met à remplacer les autres pièces du cadre, habituellement métalliques, par des pièces de bambou : cintre, gardes-boue, pédales, tige de selle, fourche rigide… Le reste des pièces, métalliques, sont réalisées à Danang, à une heure de voiture au nord du village. Il propose à l’heure actuelle différents modèles tels qu’un vélo de ville pour femme, un autre pour homme, ainsi qu’un VTT, alors qu’un vélo de route est à l’étude. Tous les vélos sont réalisés sur commande et sur mesures, au prix de 200 $ le cadre nu. Le poids total du vélo, suivant les pièces choisies, oscille entre 10 et 12 kg pour la version ville, ce qui est un bon point comparé aux 13 à 15 kg habituels sur ce genre de montures. Au final, on obtient un vélo unique en son genre, qui fera tourner plus d’une tête sur votre passage, avec en prime une légère flexibilité de l’ensemble lorsque l’on pédale : un pur bonheur !

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Constatant l’engouement des clients pour ses vélos, Tan est actuellement en train de monter un concept centré sur ce produit : le « Bamboo Bicycle Tour ». Des circuits fléchés à travers le village de Cam Thanh, permettant de découvrir les différents lieux exceptionnels du village : artisanats, cultures de palmiers nypa, zones de séchages des feuilles de palmiers, chemins pittoresques, etc. Pour avoir nous-mêmes parcours de long en large ce petit coin de paradis, nous pouvons affirmer que ce projet a du potentiel !

Des maisonnettes à louer, pour un séjour chaleureux au coeur d’un village écolo

Au même endroit que leur atelier et leur maison, Tan et son père ont battis ensemble 3 maisonnettes en briques, bambous et feuilles de palmier nypa, qu’il est possible de louer pour un séjour en plein coeur de cet éco-village. La brique est ici utilisée pour une meilleure isolation sonore, d’après Tan. Étrange selon nous étant donné la situation des maisonnettes, dans un village à la densité si faible. Le toit est toujours en feuilles de palmier, alors que tout le reste du bâtiment ainsi que le mobilier est en bambou : lit, évier, portes, etc. La maisonnette avec lit double et salle de bain est au prix de 20 $ la nuit.

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Les coquilles en bambous et feuilles de palmiers nypa : une attraction touristique pour découvrir les plantations de palmiers Lors de notre promenade en vélo à travers le paisible village de Cam Thanh, nous avons pu apercevoir une attraction qui a retenu notre attention : des touristes assis dans une sorte de grosse coquille de noix, ramant à travers les plantations de palmiers. Nous avons donc interrogé Tan lors de notre entrevue sur l’utilité de ces drôles d’embarcations. Il se trouve que c’est son père qui conçoit ces coquilles en bois. Celles-ci sont réalisées à l’aide de feuilles de palmiers nypa, tenues ensemble par les tiges de bambous coupées dans la longueur, le tout rendu étanche grâce à une couche de vernis. À l’intérieur, une planche en travers fait office de banc, et des rames servent à se déplacer. Nous avons donc évidemment voulu tester cette attraction. Attraction, en effet, car après quelques minutes, vous comprenez qu’étant donné la forme circulaire de l’embarcation, la manœuvre n’est pas si aisée. Cela rend donc difficile son utilisation pour de la pêche ou pour se déplacer efficacement. Mais ceci dit, un petit tour d’une demie-heure avec vous permet de découvrir les plantations de palmiers nypa, au travers desquelles vous pouvez naviguer via de petits passages étroits. Fort sympathique, mais une demie-heure est bien suffisant.

Notre analyse

Maîtrisant parfaitement l’art de la construction en bambou, Vo Tan Muoi et son fils Vo Anh Tan ont développé au fil du temps un catalogue varié d’objets de toutes sortes qu’ils confectionnent à la main suivant la demande. Un processus 100 % écolo, pour un rendu final très chaleureux. Plutôt prévue pour une utilisation en intérieur, la durée de vie de ces robustes objets est élevée. Mettant progressivement en place des projets tels que les tours en vélo ou la location de maisonnette, Tan développe son activité via le bouche à oreille, et ne manque pas de commandes. Son équipe de locaux et les immenses plantations de palmiers nypa et de bambou ainsi que leur croissance très rapide lui permet de rester confiant quant à l’avenir de son activité très noble écologiquement.

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