21
Mar-2014

Arkitrek, un camp permettant aux jeunes éco-architectes de mettre en pratique leurs connaissances – Kota Kinabalu, Malaisie

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Nous avons pu rencontrer Ian, le fondateur d’Arkitrek, lors de notre passage à Sabah, une région de Malaisie située sur l’immense île de Bornéo. Cet ancien architecte commercial londonien est venu faire du bénévolat en Malaisie il y a une décennie. Depuis, il est resté à Kota Kinabalu, la capitale de Sabah, pour y monter sa propre affaire. Dénommée « Arkitrek », son organisation a pour but de faire venir sur l’île de jeunes architectes fraîchement diplômés, pour leur faire mettre en pratique leurs acquis théoriques. Cela sous forme de camps de longue durée, durant lequel ils vont penser puis construire eux-même ce qu’ils auront dessinés sur le papier.

Des camps où l’on apprend par soi-même en relevant ses manches et en mettant les mains dedans, avec comme buts principaux : pratiquer, voyager et apprendre !

Un camp de jeunes diplômés au service du développement durable

Théoriquement, pour pouvoir participer aux camps proposés par Arkitrek, il faut y postuler – portfolio, lettre de motivation et questionnaire – puis passer les différentes étapes de sélection. En effet, il ne s’agit pas de n’importe quel type d’architectes qui sont recherchés pour ces camps. Arkitrek ne réalise que des projets ayant un fort penchant pour le développement durable. Ainsi, les personnes sélectionnées doivent avoir un fort intérêt pour le développement de bâtiment à faible empreinte écologique, voire pour les bâtiments à impact positif. En réalité, Ian nous confie qu’il n’a rarement le besoin de sélectionner les participants, pour la simple raison que naturellement, ceux qui prennent la peine d’y postuler répondent aux critères de motivation et de formation.
À l’instar du cabinet de conseil Boydens rencontré à Hanoï au Vietnam, Ian met un point d’honneur à ce que les bâtiments dessinés par son équipe aient besoin d’un minimum d’énergie pour subvenir au confort de ses occupants. Pour ce faire, ils utilisent des éco-matériaux, trouvés à proximité du lieu de construction.

Différentes techniques et matériaux pour rendre les constructions plus vertes

Arkitrek utilise notamment du « BioCreate » comme matériau pour les murs. Il s’agit d’un ciment composé notamment de chaux, qui a des propriétés communes avec le mélange de terre utilisé par ChiangMaiLifeConstruction. En effet, les deux matériaux ont en commun le fait d’absorber l’humidité présente dans l’air durant la nuit mais de rejeter celle-ci durant la journée, quand le temps est plus sec. Il est donc possible de qualifier les constructions de « bâtiments régulés naturellement ». Pour traiter les bambous, Arkitrek – tout comme ChiangMaiLifeConstruction – importe de l’acide borique, ce qui ajoute un impact négatif dû au transport. Mais d’après Ian, cet impact négatif est justifié sur le long terme. Il en va de même pour le BioCreate des murs.

Pour pallier le problème du transport du BioCreate, Arkitrek est en train de développer un CocoCreate, un matériau permettant de réaliser des murs, en insérant de la noix de coco sous forme de fibres dans le mélange.

Tout comme nous avons pu le constater précédemment au Vietnam et en Thaïlande, le bambou est très apprécié des éco-architectes. Durant le camp, les participants se voient même formés par des spécialistes de la construction bambou, leur conférant ainsi une « spécialisation » à ajouter sur leur C.V., et permettant ainsi de déployer ces techniques à travers le réseau des éco-architectes. En effet, ces techniques sont issues de l’architecture traditionnelle, mais reviennent en force sur le marché de l’éco-construction, tant celui-ci se développe rapidement dans cette région du globe notamment.

Un des objectifs est également d’appliquer ce que Ian appelle le « design positif ». L’idée : moyenner la température entre le jour et la nuit, tout comme nous l’avons présenté dans l’étude sur le cabinet Boydens, de manière à ce que le bâtiment consomme peu d’énergie, voir au contraire puisse en produire. D’où l’appellation « design positif ». Nous nous sommes alors demandé si ce type de design était applicable seulement dans les zones tropicales, ou également dans les climats que l’on trouve en Europe. La réponse de Ian : « C’est tout a fait envisageable. Le design positif, c’est dans la tête. Tout dépend du niveau de confort que tu es prêt à supporter ». En Malaisie, la température moyennée entre le jour et la nuit est d’environ 27°C par exemple.

Ensuite, la faible demande en énergie (pour la lumière, la ventilation, etc.) sera produite grâce à des énergies alternatives. Celles-ci peuvent être, entre autres : petites centrales hydroélectriques, biomasse, photovoltaïque, etc.

Une sélection de la clientèle

Les clients peuvent être, par exemple, des communautés locales vivant dans un des parcs nationaux de la région, ayant besoin d’un bâtiment pour la communauté. Ils peuvent également être liés au tourisme (promotion des efforts d’éco-construction de la région). En revanche, Ian met un point d’honneur à refuser les clients qui souhaitent construire un bâtiment écologique seulement pour l’image, alors qu’il s’agit d’une compagnie dont l’activité va à l’encontre des principes du développement durable.
Des bénévoles et une organisation à but non lucratif pour développer l’éco-construction
N’étant pas référencé comme architecte en Malaisie, il est impossible pour Ian d’y vendre ses services. Ainsi, Arkitrek est une agence basée sur le principe du volontariat. Avant, Ian était obligé de rentrer régulièrement en Angleterre (3 à 4 mois par an) pour se refaire une santé (financièrement parlant). Désormais, il demande une participation financière aux participants. Cela couvre à la fois les salaires des quelques employés de l’agence, ainsi qu’une partie des frais de logement/nourriture/transport de ces participants. Ainsi, pour des camps allant de 2 à 3 mois en moyenne, les participants doivent débourser environ 2400€.

L’autre partie des frais est assurée grâce à la participation financière du client lui-même sur chaque projet.

Ainsi, le total récolté permet tout juste de subvenir aux besoins des participants, au salaire des employés et à la construction du bâtiment. La balance financière s’équilibre parfaitement, ainsi la structure se veut à but non lucratif.
Concernant les employés, l’équipe d’Arkitrek est composée de 5 pleins-temps, 1 mi-temps, plus en moyenne 5 stagiaires, qui la majorité du temps sont en réalité d’anciens participants aux camps, qui souhaitent rester un peu plus longtemps, en échange du gîte et du couvert.

Les camps sont ouverts non seulement aux jeunes architectes, mais pas uniquement. En effet, de manière à pouvoir sélectionner le type d’énergie le plus adapté à un bâtiment spécifique, les camps Arkitrek sont également ouverts aux jeunes ingénieurs spécialisés dans les énergies alternatives. Mais Arkitrek accueil également des ingénieurs spécialisés en mécanique, structure ou électricité.

À l’écoute des besoins locaux

Le déroulement du camp se passe ainsi : une fois arrivés sur l’île de Bornéo, les participants rejoignent le lieu du projet. Il sera leur camp de base pour toute la durée du projet. Durant ces 2 ou 3 mois, différentes activités sont organisées, par exemple des sorties kayak, trekking, escalade, pêche, etc. Bornéo est en effet la région rêvée pour ce genre d’activités.
Ils ont ensuite des cours concernant la culture, le climat, l’environnement local, etc., tout ceci ayant pour but qu’ils comprennent mieux et plus facilement les besoins et envies des futurs clients.

Après avoir rencontré le client, ils prennent note des envies et des besoins de celui-ci, sous forme d’un cahier des charges assez informel. Les volontaires dessinent ensuite le bâtiment sur place, tout en consultant régulièrement le client pour s’assurer que leurs choix correspondent au cahier des charges. Un éventuel problème se pose ici : un groupe d’une douzaine d’architectes qui veulent chacun dessiner leur propre bâtiment ! Un atelier sur le travail de groupe peut être nécessaire à ce moment-là, pour le bon déroulement des camps. Ainsi, cette partie du camp mixe le travail personnel et celui de groupe.

Notre analyse

L’idée d’un camp destiné à construire des bâtiments à l’empreinte environnementale nulle, voire positive, nous a tout de suite séduite. De plus, durant l’entretien, nous avons pu ressentir la cohérence des choix et des actions de Ian en faveur du développement durable (tenter de réduire les importations de matériaux pour réduire l’empreinte carbone dû au transport de ceux-ci par exemple). Habituer les nouveaux architectes à utiliser les ressources présentes sur le lieu du chantier est aussi un principe fondamental que l’on retrouve ici chez Arkitrek.

En revanche, la plupart des participants ne sont que des architectes, pas des travailleurs manuels, donc le résultat est très souvent différent du dessin initial. Ian parle d’un véritable choc entre le dessin et la réalisation finale. Le camp est également prévu pour que les participants découvrent puis apprennent à gérer ce choc, ce qui les différenciera lors d’une future embauche des architectes fraichement diplômés qui n’ont pas conscience de cet aspect. Nous en avons eu la preuve l’après-midi suivant notre rendez-vous, lorsque nous avons pu visiter une des constructions réalisées par les participants d’Arkitrek, non loin de Kota Kinabalu. Le résultat n’est clairement pas à la hauteur d’architectes professionnels, mais comme on dit, c’est l’intention qui compte !

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