17
Déc-2013

Boydens, une stratégie de conseils en eco-buildings novatrice, adaptée au marché du Sud-Est asiatique – Hanoï, Vietnam

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Xavier Pinchart à Hanoï, où il vit depuis un peu plus d’un an. Cet européen, très ouvert sur le monde, est actuellement directeur général de Boydens Vietnam. La compagnie, historiquement implantée en Belgique et au Luxembourg, est une société de conseil en bâtiments à faible consommation en énergie dont la stratégie est innovante. Avec Xavier à la tête du pôle sud-est asiatique, Boydens a su en quelques mois développer une stratégie adaptée à ce marché, efficace en terme d’économie d’énergie dans le milieu du bâtiment.

Une implantation toute récente sur une zone géographique préalablement méconnue de Boydens

Avec ses connaissances commerciales dans le milieu du bâtiment, ajoutées à son ouverture sur les cultures étrangères, Xavier a proposé il y a environ 2 ans à Boydens, implantée en Europe de l’Ouest, d’ouvrir un nouveau pôle en Asie du Sud-Est. Boydens avait déjà par le passé eu affaire à cette région du globe, et il n’a pas été difficile pour Xavier de les convaincre d’ouvrir ce nouveau bureau. 5 mois lui ont été nécessaires pour trouver puis démarcher l’entreprise, puis 5 autres mois ont été nécessaires pour trouver les bureaux ainsi que les employés et ouvrir ce bureau.

C’est donc depuis septembre 2013 que Boydens est officiellement en activité en Asie. Implanté à Hanoï, Vi



etnam, le marché visé est en réalité celui de tout le Sud-est asiatique, avec principalement la Malaisie, la Thaïlande, Singapour, les Philippines, le Vietnam, mais également Hong Kong. Il y deux avantages majeurs pour Boydens de s’implanter ici. Premièrement, la raison financière : un ingénieur vietnamien coûte en moyenne 5 à 6 fois moins cher qu’en Europe. En second lieu, le risque pris lors de l’investissement dans cette région du globe est beaucoup plus faible qu’en Europe : le prix au mètre carré d’un bâtiment classe moyenne revient entre 350 et 600 $ en Asie du Sud-Est, contre 1000 $ en moyenne en Europe occidentale. Au final, s’implanter en Asie du Sud-Est est pour Boydens l’opportunité de se développer sur un marché fleurissant tout en limitant le risque financier.

des climats différents qui demandent des normes adaptées

Le marché de l’écoconstruction en pleine évolution dans le Sud-Est asiatique

échangeur de chaleur du bâtiment géothermique dans le solIci, le principe des écobuildings est une notion assez récente, et les normes ainsi que les labellisations évoluent encore énormément dans chacun des pays, tous les mois. Depuis quelques années, ces pays ont pris l’habitude de se baser sur les standards et spécifications des labels européens et américains. Une mauvaise habitude, puisque ces pays n’ont ni le même climat, ni le même niveau de vie qu’en occident. De ce fait, un constat assez simple montre bien le ridicule de cette habitude : un bâtiment construit au Vietnam avec les normes américaines consommera en moyenne deux fois plus d’énergie au mètre carré qu’un bâtiment vietnamien classique. Mais son confort sera supérieur. Si par la suite on applique les spécifications pour rendre ce building écologique et pouvoir le labelliser « green building », on va réaliser des économies d’énergie d’environ 20 à 30 %. Au final, ce bâtiment consommera donc toujours plus que la moyenne des bâtiments alentour, auxquels on n’a appliqué aucune technique visant à réduire sa consommation. C’est le constat réalisé par Xavier, qui ne reconnait que très peu l’utilité des normes occidentales appliquées dans cette région.

Des phases de développement pas encore optimisées pour efficacement réduire l’impact du building sur l’environnement

Il faut savoir que les labellisations courantes appliquées dans cette région du globe ne prennent majoritairement en compte que les différentes solutions mises en place dans la phase de design du bâtiment, c’est-à-dire les énergies renouvelables mises en place. L’idée de Boydens, c’est de faire intervenir les connaissances des ingénieurs dès la phase de conception du building par l’architecte. Ceci avec l’objectif que le bâtiment ait le moins possible besoin de solutions comme les énergies renouvelables, en le faisant consommer initialement que très peu d’énergie. Un petit descriptif rapide du schéma de construction d’un bâtiment s’impose ici.

Phase numéro 1 : le concept. C’est à ce moment que l’architecte dessine le bâtiment, décide des matériaux à utiliser, etc.. Habituellement, l’architecte travaille seul sur les plans à ce niveau du projet.

Phase numéro 2 : le design. C’est ici que les ingénieurs chiffrent le projet, sa faisabilité, ses besoins en énergie, etc., puis s’occupent de trouver les entreprises qui réaliseront les différentes taches, via un appel d’offres à l’échelle du projet.

Phase numéro 3 : le project management. Il s’agit du suivi du projet jusqu’à l’acceptation et la remise des clés au client.

préparation de la chape avec récupération de l'énergie du sol forage des puits d'énergie

Une implantation efficace sur un marché à la croissance récente

L’innovation dans les conseils fournis par Boydens, c’est qu’ils interviennent dès la première phase. Les ingénieurs de Boydens travaillent donc main dans la main avec l’architecte pour notamment chiffrer la surface de vitres, l’orientation du bâtiment, mais également pour lui soumettre des idées de solutions, le tout visant à réduire dès cette phase les futurs besoins en énergie du bâtiment. L’outil de simulation via logiciels est énormément utilisé. Ainsi, dans la phase suivante, beaucoup moins de solutions seront nécessaires pour alimenter le bâtiment en énergie, renouvelable ou non, car déjà le bâtiment régulera sa température automatiquement par exemple. Cette solution a un autre avantage : implanter des solutions lors de la seconde phase, comme des panneaux solaires par exemple, coûte très cher. Cela demande de l’entretien, et un investissement initial beaucoup trop élevé pour ce marché. Ici en Asie du Sud-Est, les investisseurs sont à la recherche de solutions très concrètes, au retour sur investissement très rapide, et à l’intérêt économique et financier évident. Enfin, dernière observation : le marché du Sud-Est asiatique n’est pas éduqué, les notions d’écologie, économies d’énergies, etc., n’ont pas encore de sens ici. Cela est dû au coût de l’énergie encore trop faible, qui ne pèse pas lourd sur les factures d’un ménage. Cependant, ce coût commence à augmenter significativement depuis quelque temps : en moyenne +7 % tous les 6 mois. Les asiatiques commencent également à voyager énormément en occident, et prennent exemple sur nos efforts visant à réduire la consommation de nos bâtiments.

L’argumentation de Xavier pour convaincre ses potentiels clients de faire appel à ses conseils fait notamment référence à l’aspect marketing et à l’aspect industriel.

Le côté marketing est mis en avant par le fait que Boydens est une société européenne. Ainsi, les clients voient en Boydens une occasion de se rapprocher des techniques de construction « green » qu’ils ont découvertes en voyageant en occident. Dans un second temps, l’équipe de Xavier démarche des entreprises déjà installées dans des bâtiments, en leur proposant d’augmenter leur productivité et leur rentabilité en améliorant le confort des employés, c’est-à-dire leurs conditions de travail. En revanche, ils n’interviennent pas dans le processus industriel (n’améliorent pas la chaine de production par exemple). Boydens s’occupe d’optimiser le confort – température de la pièce par exemple – de manière à ce que la productivité soit plus élevée. Ainsi, ils ont par exemple honoré un contrat avec une importante marque de chaussures américaine implantée au Vietnam (5 usines, 25 000 employés), pour laquelle ils ont installé un circuit de tuyauterie coulée dans le béton du sol, à travers lequel circule de l’eau. Cette eau capte l’énergie du bâtiment, puis est stockée dans le sol, via des forages. Lorsque le bâtiment a besoin d’être chauffé, en hiver par exemple, l’eau récupérée l’été est puisée dans ces forages et est remise en circulation dans le béton du sol, chauffant ainsi le bâtiment. Boydens propose également des solutions visant à contrôler la température des surfaces (murs principalement). En effet, le confort d’une pièce est réparti ainsi : 50 % du confort provient de l’air qui le compose, l’autre moitié provient de la température des surfaces qui l’entoure. Boydens privilégie donc plus des solutions de contrôle de la température par radiation que par convection.

On constate rapidement que Boydens propose des solutions novatrices, spécialement pour ce marché non encore éduqué, où la concurrence est quasi nulle, surtout dans des pays comme le Vietnam. Ainsi, l’implantation de Boydens dès à présent sur ce marché en croissance peut se révéler très efficace dans les années à venir.

Boydens est composé d’une équipe de 70 personnes à travers les bureaux d’Europe et d’Hanoï. Ici au Vietnam, le bureau fraichement installé compte une équipe d’ingénieurs, Xavier Pinchart, directeur général, et son assistante. Lui s’occupe de démarcher les potentiels clients sur toute la zone couverte pour Boydens Hanoï, en plus de manager son équipe d’ingénieurs. Ceux-ci s’occupent de proposer des solutions concrètes dès la phase de concept, en contact direct avec l’architecte. Ainsi, ils vont créer des simulations, et proposer au client des solutions sur mesures, avec chiffres à l’appui. Ils arrivent en moyenne à délivrer des solutions permettant une consommation inférieure à 20 kWh/m²/an. Pour information, Boydens n’installe rien et ne vend aucune solution physique, mais s’occupe de la partie conseil. Si celui-ci plait au client, le projet se concrétisera par un appel d’offres puis du suivi du processus de production.

Notre analyse

Notre rendez-vous avec Xavier Pinchart s’est révélé au-dessus de nos attentes en terme de philosophie de la compagnie. En effet, nous avons eu à faire à une véritable démarche novatrice à l’écoute d’un marché nouveau, qui tend à se développer rapidement dans les années futures. Le parcours hors normes de Xavier, ainsi que son recul et son analyse très poussée de ce marché, permet ainsi à Boydens d’ouvrir ses nouveaux bureaux, avec un avenir prometteur.

La démarche principale, visant à conseiller l’architecte, qui de manière générale travaille davantage sur l’aspect design sans trop se pencher sur le côté consommation de son oeuvre, permet une énorme réduction de la consommation du bâtiment. Ainsi, le bâtiment réduit considérablement ses besoins en énergies, qu’elles soient renouvelables ou non.

 

 

 

 

0

 goûts / 0 Commentaires
Partager cet article:

Archives

> <
Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec