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Juin-2014

Hacienda Merida, un business model hors du commun permettant de financer la construction d’écoles ainsi qu’une éducation gratuite – Île d’Ometepe, Nicaragua

Mur extérieur de bienvenue

Mur extérieur de bienvenue

Au sud du Nicaragua se trouve le lac Nicaragua, un des plus grands de la planète. Sur celui-ci se trouve l’île d’Ometepe, une île qui sort de l’ordinaire, puisqu’elle est composée de deux volcans cotes à cotes, formant ainsi une île en forme de « 8 ». C’est dans un petit village au sud d’Ometepe, que nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer Alvaro Molina, le patron d’Hacienda Merida, un lodge servant également de point de départ à un projet extraordinaire : construire à moindre coût une école pour les enfants des habitants des alentours à partir des déchets de l’île. Une belle initiative qui permet de résoudre en partie le problème des déchets de l’île non évacués.

L’aspect social : favoriser l’emploi de locaux au détriment des étrangers volontaires

Il y a 14 ans, Alvaro, l’actuel patron que nous avons rencontré, a monté sur l’île d’Ometepe un lodge pour toutes les bourses : de la chambre cosy à la tente sur la plage en passant par le dortoir, chacun y trouve son compte. Le dirigeant tient à employer au maximum les personnes de l’île. Malheureusement, ses clients proviennent en majorité d’Amérique du Nord, d’Océanie et d’Europe, et ne parlent donc pas tous espagnol, loin de là. Cela cause un problème à sa politique d’emploi local, car les habitants des villages environnants ne parlent que rarement anglais, et ne parlons même pas du français ou de l’allemand ou toute autre langue étrangère. Ce qui oblige donc le patron à employer des étrangers parlant d’autres langues que l’espagnol. Et ça, ça ne lui plait pas trop. Il a donc pour projet d’éduquer les locaux pour qu’ils puissent accéder à plus d’emplois, que ce soit au sein de son lodge ou dans d’autres structures touristiques. Ceci dans le but de s’assurer des bons bénéficiaires du tourisme.

L’aspect écologique mis en place grâce à une requête qui sort de l’ordinaire

Pour mener à bien son projet d’éducation, Alvaro a instauré une pratique qui surprend plus d’un touriste. Une pratique qui permet dans un même temps de résoudre un problème majeur de l’île : la collecte des déchets.

Ainsi, toutes les deux semaines, lorsque les employés viennent récupérer leur salaire, ils doivent apporter avec eux deux bouteilles en plastique remplies de déchets non organiques. Ils notent leurs noms dessus, et peuvent ainsi récupérer leur salaire. De même, les guides qu’emploie le lodge pour permettre aux touristes de visiter les environs doivent également rapporter deux bouteilles pleines de déchets par treks. Une sorte de « permis de trek » qu’impose le lodge, et sans lequel ce dernier ne ferait plus appel aux guides ne rapportant pas les précieuses bouteilles.

Il faut savoir qu’ici, sur l’île d’Ometepe, aucune collecte des déchets n’est mise en place. De ce fait, les déchets sont stockés dans un coin, parfois brulés. Au nord du Nicaragua, nous explique notre interlocuteur, dans la région de Somoto, un système de collecte est mis en place. Si jamais un habitant a des déchets devant chez lui, même s’ils ne lui appartiennent pas, un de ses voisins va téléphoner à la patrouille locale. Celle-ci va venir immédiatement ramasser les déchets, et mettre une petite amende à l’habitant. Radical, parait-il !
Mais revenons sur notre île, où la situation est bien différente. Ici pas de tri, pas de taxes environnementales, et à cela il faut rajouter l’arrivée des produits emballés occidentaux, qui produisent donc plus de déchets que les produits locaux. Seul le verre est collecté et recyclé à Managua, la capitale.

Nouvelle salle en construction

Nouvelle salle en construction

La solution des bouteilles remplies de déchets arrive donc à point levé. Hacienda Merida propose même de racheter les déchets des habitants, toujours sous forme de bouteilles plastiques remplies au raz bord, pour la somme de 7 cordobas (environ 0,20 €). L’hôtel a même été victime du succès de cette initiative, puisqu’un jour, les employés ont vu débarquer devant l’hôtel un chicken bus (anciens bus scolaires d’Amérique du Nord reconvertis en bus locaux en Amérique Centrale) rempli de 400 bouteilles, soit la modique somme de 2400 cordobas, soit environ 80 € !

Dernier moyen de récolter des bouteilles mis en place par l’hôtel : exiger une bouteille remplie de déchets pour chaque heure d’utilisation de l’accès internet de l’hôtel. Les personnes touchées par cette dernière mesure sont les locaux, qui n’ont pour la grande majorité d’entre eux pas accès au web.
Depuis 2008, Alvaro a ainsi pu récupérer 18 000 bouteilles plastiques remplies de déchets non dégradables, soit plus de trois tonnes au total !

Mais à quoi bon payer pour récolter ainsi les déchets de l’île ?

Comme évoqué au début de cet article, Alvaro souhaite former les locaux pour qu’ils puissent être compétents à toutes les tâches qui leur incombent à l’hôtel, notamment le fait de parler plusieurs langues étrangères. Cela lui permet de faire travailler les locaux, et non des étrangers.

Un autre de ses principes le pousse à faire cela : pour lui, la durabilité n’est pas possible s’il n’y a pas d’éducation. Car même si d’après lui c’est plus au pays développés économiquement de promouvoir le développement durable qu’à ceux en développement (les pauvres consomment moins car leur niveau de confort est plus faible. Les riches, avec leur bonne santé et leur confort élevé consomment plus), une éducation est indispensable pour pouvoir comprendre et appliquer les principes du développement durable.

Enfin, quelques chiffres clés : au Nicaragua, seulement 2 % des enfants terminent leur université, 62 % ne terminent pas le lycée, et de ce fait, 30 % de la population est illettrée. Dans le village, il y a des enfants de dix ans qui souhaitent parler couramment anglais, alors que certains ne savent même pas lire et écrire dans leur propre langue. CeCertainsême ne connaissent pas l’alphabet !

Ainsi, ça n’est pas la motivation qui lui manque pour développer l’éducation autour de son village. Et pour pouvoir éduquer les enfants des alentours, il faut une école ! C’est à à ce moment-làu’interviennent les fameuses bouteilles plastiques remplies de déchets. Mais pour quoi faire?

L’idée qu’a eueuelvaro, c’est d’insérer ces bouteilles plastiques à l’intérieur des murs de la future école. Ceci permet de réduire considérablement le volume de béton nécessaire à la construction des bâtiments, réduisant ainsi les coûts de construction, ainsi que l’impact écologique dû à la construction de celui-ci. En effet, cette technique va demander moins d’énergie car il y aura moins de béton à réaliser, sans parler évidemment du stockage des déchets de l’île qui ne se dégraderont pas dans la nature, ni ne finiront en fumée dans le ciel nicaraguayen. Les piliers des bâtiments sont eux constitués de sacs d’adobe, un mélange d’argile, d’eau et de paille hachée connu et reconnu depuis la nuit des temps, et encore aujourd’hui un des matériaux les plus ututilisésans le domaine du bâtiment.

Il ne se contente pas de construire les murs de l’école, il stocke également les bouteilles à l’intérieur de tables et de bancs situées dans les écoles et lieux pupublicse l’île.

Un désir de sensibiliser la population locale aux problèmes environnementaux

En terme de sensibilisation, l’action menée par ce véritable leader local du respect du développement durable est colossale, puisque tous les habitants de l’île connaissant son programme sont alors prévenus des effets pervers du nonon-ramassagees déchets, ainsi que de l’importance de l’éducation de leleursnfants.

Mais notre interlocuteur ne s’arrête pas là, puisqu’il a mis en place des ateliers avec les enfants du village pour concevoir des panneaux informatifs. Les messages véhiculés par ces panneaux visent à informer la population locale sur les bonnes pratiques ou les choses à ne pas faire pour respecter son environnement de vie. Ces panneaux sont placés à des endroits stratégiques de l’île, là où ils ont le plus de probabilité d’être vus par le plus grand nombre d’habitant, mais aussi de touristes. Ainsi, vous pouvez croiser sur l’île des panneaux signalant les animaux en voie de disparition dans la région, ou des bonnes pratiques écologiques à mettre en place au quotidien.

Notre analyse

Véritable leader local, le patron de cet hôtel perdu au bout d’une île nicaraguayenne à ais en place au fil des années une pratique faisant coïncider les trois piliers du développement durable. Un système de collecte et de réutilisation des déchets sisimple,ais qui sort de l’ordinaire, aujourd’hui anancréans l’esprit et les habitudes des locaux, ainsi que des touristes de passage dans les environs. Un système ,, i plus est impliquant chaque acteur local, de l’employé de l’hôtel à l’enfant qui va à l’école, en passant par les guides touristiques et l’ensemble des habitants.

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