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Jan-2014

Une éducation dès le plus jeune âge centrée sur les valeurs du développement durable – Panyaden School, Chiang Mai, Thaïlande

OLYMPUS DIGITAL CAMERACela fait très longtemps que l’idée de cours sur le développement durable (DD) dès l’école maternelle et primaire nous trottait dans la tête. Apprendre aux tout petits, dès l’âge où ils découvrent le milieu dans lequel ils vont grandir, comment le préserver durablement, comment leur vie peut avoir un impact positif sur celui-ci. Nous avons enfin trouvé notre bonheur, et même plus que ce que nous attendions. En effet, Panyaden School ne se contente pas de dispenser un cours ou deux sur le principe du DD. Son programme entier est basé sur ce principe, en y ajoutant une touche de philosophie bouddhiste, une ouverture sur le monde via un apprentissage de deux langues, sans pour autant mettre de côté les fondamentaux que sont les mathématiques et les sciences, entre autres.

Pour résumer la philosophie de l’école :

La vie est plus profonde et plus riche que simplement travailler dans le but de consommer.

Une rencontre passionnante, source d’inspiration pour former de nouveaux ambassadeurs du DD.

Une école ouverte à tous

L’école, située à Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, accueille des enfants entre 2 et 12 ans. Ceux-ci sont divisés en différents groupes distincts, en fonction de leur origine et de leur langue maternelle. Ainsi, certain auront plus de cours en Thaï car ils viennent de l’étranger, alors que d’autres auront plus de cours d’anglais car sont thaïlandais et ne maîtrisent pas la langue de Shakespeare.

Ainsi, les cours sont dispensés suivant les attentes des élèves, du sur-mesure en quelque sorte. Chaque groupe est divisé en plusieurs classes suivant l’âge des enfants, comme en France. Dans chaque classe, il y a deux enseignants, l’un parlant anglais, le second thaï. En plus de cela, un(e) assistant(e) est là pour soutenir les enseignants lors des activités de groupes par exemple. Ainsi, l’école emploie à l’heure actuelle 63 personnes, pour un effectif de 114 élèves. Des employés pour l’entretien, d’autres pour le jardin, les espaces verts, l’administration, le secrétariat, etc. Concernant les élèves eux-mêmes, ceux de 2 et 3 ans sont regroupés par classes de 18 élèves maximums, ceux entre 4 et 8 ans sont maximum 20 par classe, contre 25 pour les 9 à 12 ans.

Le programme dispensé par Panyaden School intègre à la fois celui du ministère de l’éducation thaïlandais, ainsi que le programme des écoles primaires internationales, utilisé dans 65 pays à travers la planète. Ceci fournit aux enfants des perspectives d’avenir à la fois locales et globales.

Le développement durable, pilier du programme scolaire

Une des questions phares qui sert de fil conducteur aux programmes de Panyaden est : « comment vivre avec la nature ? » C’est ce que nous a expliqué Kru Boy, notre interlocuteur, dès le début de notre entretien. Un peu basique comme fil conducteur, nous avons pensé. Mais la suite nous démontra qu’il ne s’agissait pas que de paroles, et qu’en 3 ans déjà, depuis la création de l’école, la part de cours et d’actions quotidiennes visant à inculquer le respect de la nature et le principe du DD est considérable.

Généralement, les ateliers DD se font par équipe et par thèmes, sur une période définie. Les thèmes sont par exemple les arbres, la terre, les légumes, les fruits, l’eau, les déchets, le recyclage, etc.

De

Le jardin

Le jardin

s activités plus concrètes sont ensuite mises en place, pour mettre en application directe les acquis théoriques. Les enfants vont par exemple collecter des déchets dans la montagne avoisinante, puis trier ces déchets. Ils ont également un jardin à côté de l’école, dans lequel ils font pousser du riz, du coton, etc. Une fois le coton récolté, ils vont visiter une entreprise locale à Chiang Mai, qui produit à la main des vêtements à partir de coton à l’état naturel. Ainsi, les enfants peuvent suivre une partie du cycle de vie du produit. Ils apprennent également à réparer des vêtements (ateliers couture), de manière à pouvoir prolonger la durée de vie de ceux-ci.

Une inspiration bouddhiste

Même s’il s’agit d’une école où les élèves peuvent appartenir à n’importe quelle religion, l’influence des principes bouddhistes est très présente. Et ceci n’est pas tabou. Contrairement à ceux que l’on aperçoit sur certaines photos du site internet de l’école, les moines ne sont pas présents quotidiennement pour dispenser des cours, même s’il arrive que quelques moines viennent visiter l’école.

"Ne consommes que ce dont tu as besoin"

« Ne consommes que ce dont tu as besoin »

12 principes bouddhistes sont affichés sur le mur d’un bâtiment, et notre interlocuteur nous a détaillé la signification du deuxième. Il s’agit de « Ne prend pas trop, consomme juste la bonne quantité ». Cela signifie que lors d’un repas par exemple, il faut choisir la bonne quantité de nourriture qui satisfasse notre besoin alimentaire, sans pour autant abuser en ayant les yeux plus gros que le ventre, ou en consommant plus que nécessaire. Ainsi, à la cantine, les enfants décident eux-mêmes de la quantité de nourriture qu’ils veulent dans leur assiette. Ils apprennent alors à consommer une quantité raisonnable de nourriture. Si jamais ils n’arrivent pas à terminer leur assiette, une grosse bassine est disponible à la fin du repas, où chaque élève va déposer son surplus. Cela leur permet de se rendre compte de la quantité de nourriture produite et cuisinée qu’ils mettent à la poubelle, ce qui leur permettra de faire plus attention le lendemain. Mais le concept ne s’arrête pas là. La nourriture collectée dans la bassine sert ensuite à deux applications concrètes au sein de l’école : un composte pour le jardin, et la production de biogaz pour la cuisson des aliments de la cantine. La boucle est alors bouclée ! Ce deuxième principe ne s’applique pas qu’à la nourriture. Il est valable quotidiennement : ne dors pas trop, ne parle pas trop, ne consomme pas trop, etc.

Les onze autres principes sont les suivants :

1) Sers-toi de tes sens judicieusement
3) Ne blesse pas (par la parole, les gestes ou la pensée)
4) Sois patient et tolérant
5) Sois enthousiaste
6) Sois honnête
7) Sois persévérant
8) Sois généreux
9) Soit aimable et charitable
10) Sois attentif et vigilant
11) Sois calme et concentré
12) Exerce ton esprit habillement

Ces principes, bien que provenant de la religion bouddhiste, semblent tout à fait respectables et applicables par tous, quels que soient leurs attraits religieux.
En effet, plutôt que d’avoir un système éducatif qui vise à tester, mettre en compétition et préparer les élèves à un moyen de subvenir à leurs besoins financiers, la philosophie de l’éducation bouddhiste enseigne aux élèves comment apprendre, prendre du plaisir à apprendre, ainsi que la sagesse pour leur propre intérêt. Elle leur enseigne la maturité émotionnelle dont ils ont besoin pour utiliser leurs connaissances dans le but de se construire une vie heureuse pour eux et leur famille, ainsi que de contribuer positivement à la société dans laquelle ils vivent. Cette façon d’enseigner ne compromet pas le travail qui consiste à préparer les élèves à subvenir à leurs moyens financiers, mais cela les laisse voir par eux-mêmes que la vie est plus profonde et riche que simplement travailler dans le but de consommer.

Quand on pose la question « comment voyez-vous le développement futur de l’école, quels sont vos plans d’action pour le futur ? », Kru Boy nous répond simplement « nous allons tout d’abord tenter de nous développer nous-mêmes, personnellement. Ceci est un véritable challenge ». Vous voyez, une véritable influence bouddhiste, pas de doute là-dessus !

Un ensemble de bâtiments en phase avec l’éducation dispensée

Dès la première seconde où nous avons posé nos yeux ébahis sur le premier bâtiment de Panyaden School, nous sommes tombés sous le charme ! Et comment ?

Il y a quatre ans, un constructeur de bâtiments en bambou situé à moins de 10 minutes de l’école, le docteur Markus Roselieb, a dessiné puis construit les premiers bâtiments de cette école. Nous l’avons rencontré le jour même, pour en savoir plus sur son entreprise, Chiang Mai Life Construction.

Les bâtiments de Panyaden School sont ainsi conçu en terre pour les murs, avec de petites ouvertures pour faire circuler l’air et ainsi ne pas avoir besoin de système climatisant gourmand en énergie. Des bouteilles en verres et des « hublots » réalisés à partir de portes de machines à laver servent à laisser passer la lumière à travers les épais murs de terre. La charpente et la couverture sont eux réalisés en bambou, matériau très présent dans cette région du monde, aux propriétés écologiques (durée de vie, transport réduit, repousse très rapide, transformation manuelle, etc.) déjà démontrées. Pour plus d’informations, voire les articles sur Tanh et CMLifeConstruction, qui tous deux traitent de la construction en bambous, avec différentes techniques. Le rendu final est absolument magnifique. Car en plus d’utiliser des matériaux écologiques et chaleureux, le constructeur a ajouté une touche design très artistique. Une pure merveille ! 

Puits de lumière en porte de machines à laver

Puits de lumière en porte de machines à laver

Depuis son ouverture en 2010, d’autres bâtiments ont vu le jour. Voici une description (liste non exhaustive) des différents éléments composant les lieux.

Le premier bâtiment est l’administration. À côté se trouve un bâtiment sans murs, juste une charpente allant jusqu’au sol. Il a pour but d’accueillir les parents qui souhaitent rester un peu sur place le matin pour discuter entre eux, après avoir déposé leurs enfants, et pour ceux qui arrivent trop tôt le soir pour récupérer leurs enfants. Cela est très courant, et apporte une touche sociale à l’école, qui n’est plus qu’un lieu où les parents déposent leurs enfants et s’échappent à leur travail. Ensuite, nous trouvons les toilettes, dont la charpente, lorsque l’on prend un peu de recul, représente un parapluie géant. Wonderful ! À côté se trouve l’entrée du jardin. D’une surface très respectable, les enfants y cultivent du riz, ainsi que des fruits et légumes, qu’ils consomment ensuite à l’heure du déjeuner. L’eau de pluie de tous les bâtiments est récupérée puis traitée, elle sert donc pour boire, se laver les mains, cuisiner ou arroser le jardin. Vient donc naturellement la cantine. Encore un bâtiment à vous couper le souffle ! Une charpente qui semble sortir du sol, des tables et chaises de couleurs, les enfants et le personnel doivent assurément adorer la pause déjeuner ! Ensuite viennent les différents bâtiments où sont dispensés les cours, dont chacun correspond à une matière (science, dessins, relaxation, etc.) ou à une classe. Tout autour des bâtiments, ce que l’on appelle couramment la « cour de récré » est composée d’une pelouse bien verte. On y trouve une aire de jeu, conçue uniquement en bois, ainsi que, cerise sur le gâteau, une piscine !

La piscine

La piscine

Un aspect financier particulier

C’est le docteur Markus Roselieb, l’architecte-constructeur lui-même, qui possède l’école. Lui et Yodphet Sudsawad, plus exactement. L’école est financée par 2 sources de revenus : les frais d’inscriptions versés par les familles des enfants, ainsi qu’une aide apportée par les propriétaires. Sans ce deuxième financement, privé, l’école ne pourrait continuer à exister. Les frais d’inscriptions sont légèrement plus élevés qu’une école « classique » de la région, mais les parents y voient un réel investissement pour le futur de leurs enfants, qui sortiront d’une école au programme unique si développé.

De futurs ambassadeurs du DD

Les enfants de l’école, de par leur éducation poussée ciblée sur le DD, sont perçus à l’extérieur de l’école comme des ambassadeurs du DD. En effet, ils communiquent à leurs proches (famille, amis, etc.), ce qu’ils apprennent à l’école : les bienfaits du DD, mixant les aspects écologiques, sociaux et économiques de façon positive. Ainsi, en demandant par exemple à leurs parents de planter des légumes dans le jardin ou de récupérer l’eau de pluie, ils participent à la divulgation des informations transmises à Panyaden.

Notre analyse

Il y a trois ans, date de la création de Panyaden School, 32 élèves seulement étaient inscrits. Aujourd’hui, l’école compte 114 enfants, pour une capacité d’accueil totale de 275 enfants. Un avenir prometteur, donc.

Mais outre l’aspect effectif, le programme dispensé à l’école est un véritable exemple – certes très poussé – de ce que devrait être au moins un cours spécifique dans notre région du monde. En effet, une éducation sur la préservation de notre environnement de vie dès le plus jeune âge permet que chacun protège l’environnement de façon durable le plus tôt possible dans sa vie, sans avoir le temps d’impacter négativement. Enfin, cela permet d’inculquer ces valeurs de façon systématique, pour que tous soient conscients naturellement des bienfaits de la préservation du milieu dans lequel nous évoluons.

 

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