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Fév-2014

Du papier à partir d’excréments de panda – Chiang Mai, Thaïlande

IMG_20140216_220446Lors de notre passage à Chiang Mai, au nord de la Thaïlande, nous sommes allés visiter un lieu plutôt inhabituel pour notre étude : un zoo. Nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer le responsable des pandas de ce zoo. Plutôt occupé en ce moment à cause de la naissance très prochaine d’un nouveau panda, qui serais le troisième du zoo, il nous a accordé une petite interview sur une solution surprenante : récupérer les excréments produits quotidiennement par les pandas du zoo pour la transformer en … papier !

Mais pourquoi spécialement les pandas ?

Un panda adulte mange environ 20 kg de bambou par jour, plus quelques pommes et carottes. Il ne conserve que peu de fibres à l’intérieur de son corps lors de la digestion. Ceci permet à ces excréments d’être très riche en fibre. Cette texture particulière produite par les mangeurs de bambous permet de la transformer en papier : on la nettoie puis on la fait bouillir dans une chaudière pour quelques heures. Le tout est ensuite mélangé pour ramollir et sectionner les fibres. Du colorant peut être rajouté pour obtenir un coloris final particulier. La bouillie est par la suite tamisée à travers des passoires rectangulaires, et le contenu de la passoire est séché. Une fois bien sèche, la fine couche de fibres est ôtée de la passoire, et c’est celle-ci qui sert à réaliser différents produits classiquement en papier. Les fibres obtenues sont compressées dans une énorme presse, permettant de lier les fibres entre elles à l’échelle moléculaire. C’est cette étape qui donne au papier sa solidité.

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Malheureusement pour nous, cette fameuse chaudière était en panne lors de notre rendez-vous, ainsi nous n’avons pas pu voir le procédé de transformation de nos propres yeux. Cependant, il nous a tout de même été offert un carnet de notes ainsi qu’une tasse (à moins que ça ne soit un pot à crayons ?) en excréments de panda thaïlandais. En réalité, seule la couverture du carnet est en carton produit à partir d’excréments, les feuilles de papier sont en cellulose classique. Le papier produit par les excréments de panda est trop grossier pour pouvoir aisément écrire dessus. Dommage !

Les 2 actuels pandas du zoo de Chiang Mai produisent ainsi 40 kg d’excréments par jour, le tout étant transformé sur place en papier permettant de produite des objets tels que des cartes-souvenir, des marques-pages, des carnets de notes, etc.
Les chercheurs du centre de pandas géants de Chengdu, Chine, ont récemment mis en place le même principe de recyclage. Avec leur quarantaine de pandas géants, on peut dire que ce centre a du potentiel !

L’excrément de panda a de la concurrence !

En réalité, les pandas ne sont pas les seuls animaux ayant des excréments capables d’être transformés en papier.
En Inde, Sri Lanka, Burmar et Thaïlande notamment, les excréments d’éléphant sont également récupérés pour être transformés de la même manière. À Lampang, Thaïlande, on estime qu’un éléphant adulte produit une quantité d’excréments journalière permettant la production de 115 feuilles de papier A4. Mais des objets peuvent aussi bien être réalisés, à l’instar des pandas : journaux, albums photo, carnets de notes, fleurs décoratives, etc. Quelques produits peuvent être trouvés sur le site d’Amazon par exemple, en suivant ce lien.

Au Pays de Galles, ce sont les moutons qui permettent de produire du papier. En effet, il faut savoir qu’un mouton ne digère que 50 % des fibres de celluloses qu’il mange. Les excréments frais de mouton sont collectés puis stérilisés en étant bouillis à 120 °C, en utilisant l’eau de montagne des rivières alentour. La suite du processus est très proche de celui pour l’excrément de panda. La matière qui passe à travers les mailles de la passoire est cependant réutilisée comme engrais pour les fermes alentours.

Dans l’Idaho, un état au nord-ouest des États-Unis, c’est la bouse de bison qui est utilisée par des artistes, Victor Bruha et Daniel Hidalgo. Ceux-ci réalisent des objets d’art ainsi que des feuilles en papier à partir de bouse séchée des bisons. Celle-ci n’étant pas assez riche en fibre – les bisons mangent de l’herbe, contrairement aux pandas qui mangent des bambous – les deux artistes mélangent les bouses avec du papier récupéré dans des décharges. Cela permet d’obtenir un papier plus solide, permettant d’écrire ou d’imprimer dessus. Une question que vous pouvez vous poser, à laquelle répondent les deux artistes : est-ce que le papier produit à partir d’excréments sent mauvais ? La réponse, fort heureusement, est non. En effet, la phase commune à tous les excréments cités jusque-là, durant laquelle l’excrément est bouilli, permet de la stériliser, et ainsi d’ôter les différentes bactéries qui la composent, responsables des mauvaises odeurs. Les bouses ramassées ne proviennent cependant pas des parcs naturels, où il est formellement interdit de récupéré ne serait ce qu’une seule innocente bouse. La raison ? Ces bouses sont utilisées par certains animaux, comme les aigles ou les chouettes pour leurs nids, ou par certaines mouches pour se nourrir. Mais hors du parc, il est alors légal de ramasser les bouses comme bon vous semble. Autre bon point sur lequel les deux artistes font attention : aucun colorant n’est rajouté au mélange de papier récupéré et aux bouses. Ainsi, les feuilles produites sont de couleurs différentes suivant ce qu’a mangé le bison, et le processus est plus respectueux de l’environnement.

Pour terminer, jetez donc un œil à leur site internet, la page d’accueil vaut plus qu’un long discours.

En Tasmanie, ce sont les kangourous qui permettent de produire du papier. Une estimation a été réalisée : 25 kg d’excréments de kangourou permettent de produire en moyenne 400 feuilles A4 !

Enfin, d’autres animaux défèquent un excrément à la consistance permettant de produire du papier, mais la transformation se fait beaucoup plus rare : reine, girafe, rhinocéros, et zèbre notamment.

Notre analyse

Différentes personnes se sont attelées à la tâche de transformation d’excréments d’animaux en papier, et ce, pour des raisons variées : protection des forêts, artistique, gestion des déchets dans les zoos, revenus financiers pour entretenir les enclos des animaux, etc. Quelle qu’en soit la raison, le processus part d’une bonne intention. Cependant, il faut faire attention à ne pas détruire tout le bénéfice de ce principe écologique en ajoutant des colorants chimiques, en utilisant un four consommant beaucoup d’énergie, ou encore en utilisant de l’eau transportée depuis un endroit pas proche du lieu de production, qui ajouterait un rejet de carbone supplémentaire.

 

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