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Déc-2013

SGFE (Sustainable Green Fuel Entreprise) – Des briquettes de charbon de coco pour pallier la déforestation cambodgienne – Phnom Penh, Cambodge

Un concept repris et amélioré pour une meilleure efficacité

Nous avons été accueillis à bras ouverts par Carlo Figà Talamanca, actuel PDG de l’entreprise SGFE (Sustainable Green Fuel Entreprise). À bras ouvert c’est peu dire, puisque le très sympathique italien a pris sur son temps pour nous expliquer en détail le concept de l’entreprise, avec toujours un grand sourire sur le visage, tout comme ses employés il faut le dire. Tout le monde travaille en effet ici dans une très bonne ambiance, en grande partie du fait des conditions de travail optimales qu’a mises en place Carlo lorsqu’il a repris l’entreprise. Et oui, ça n’est pas lui le créateur initial de SGFE. Carlo, lui, travaillait à l’époque pour le GERES, une ONG française très présente au Cambodge, qui travaille sur la chaine de valeur du bois dans ce pays. Carlo était donc à l’époque consultant pour le GERES, pour lequel il auditait des entreprises afin d’étudier leur principe de fonctionnement et ainsi les conseiller. Il donnait des outils pour développer leur concept au maximum et optimiser leur rendement par une production plus efficace, tout en réduisant leur besoin en énergie. Une fois après avoir audité ce qu’était SGFE à l’époque, et après la volonté du gestionnaire de l’époque de mettre la clé sous la porte, Carlo, muni de son diplôme de gestion et de son expérience acquise lors de son voyage autour du globe, décide de reprendre l’affaire à son compte. Il quitte donc le GERES, avec qui l’entreprise garde encore aujourd’hui des liens très forts, étant donné son domaine d’activité directement lié à la chaine de valeur du bois au Cambodge. L’ONG PSE – Pour un Sourire d’Enfant – que Carlo considère d’ailleurs comme la meilleure ONG du monde, a été également très impliquée dans la seconde vie de SGFE.

Un processus de production efficace grâce à son rendement énergétique élevé

Le concept développé par SGFE est relativement simple, mais d’une efficacité redoutable. En effet, il s’agit de concevoir des briquettes de charbon, sans utiliser de bois découpé et brulé pour cela, mais en recyclant des déchets biomasse et en utilisant la partie solide de la noix de coco : sa coquille. Un principe qui se veut être efficace dans un pays comme le Cambodge, où les vendeurs de noix de coco ambulants se bousculent dans les rues des villes et sur les routes de campagne. Des cocotiers, ça il n’en manque pas, il suffit de se déplacer dans le pays, que ce soit à l’intérieur des terres ou sur les plages paradisiaques du sud-ouest pour en trouver. SGFE récupère ainsi chaque jour des sacs de toile entièrement remplis de coquilles de noix de coco, cette partie marron qui vous en fait baver lorsque vous tentez d’ouvrir par vous même une noix de coco bien mure, ainsi que des déchets biomasse (déchets organiques).

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[Les noix de coco ramassées quotidiennement]

OLYMPUS DIGITAL CAMERAEn premier lieu, ces coquilles sont concassées dans une machine, ce qui permet ensuite d’en obtenir de plus petits morceaux plus facilement manipulables et transformables en charbon. Ensuite, il s’agit de placer les morceaux de coquilles dans un four métallique, lequel va effectuer la phase de pyrolyse, c’est-à-dire une combustion en l’absence d’oxygène, qui permet de ne conserver que le carbone et quelques minéraux de la coquille de noix de coco. Après cette phase dite de « carbonisation », le carbone obtenu est mélangé avec de la poudre de tapioca et de l’eau, ce qui permet de tenir le tout en place.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA[La phase de mélange]

Le mélange est passé à travers un moule, qui compresse le tout. Il en ressort une briquette hexagonale, qui permet à la fois un stockage sans perte de place (comme un nid d’abeille), contrairement à une forme cylindrique ou de l’espace est perdu lors du stockage, mais également une combustion plus lente et contrôlée grâce aux angles moins aigus que sur une forme pavée. La briquette est également percée en son centre, toujours pour une combustion plus lente, permettant une bonne circulation des flux d’air. À ce stade de la conception, la briquette, molle comme de la pâte à modeler, contient un fort taux d’humidité d’environ 40 % dû au mélange précédent. Les briquettes sont donc placées sur des chariots en métal, et passent dans un tunnel à travers lequel circule le flux d’air chaud produit par les fours servant à la phase de carbonisation. Ce procédé permet donc de sécher les briquettes en réutilisant la chaleur des fours, permettant ainsi d’optimiser les dépenses énergétiques de la phase de production. Il en ressort des briquettes dures possédant un taux d’humidité aux alentours de 8 %. Celles-ci refroidissent à l’air libre, puis sont emballées dans des sacs de toile sur lesquels apparaissent le contact de l’entreprise, permettant ainsi de communiquer sur le produit.

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[Phase de refroidissement après séchage] 

Il en résulte des briquettes produites avec 100 % de matière recyclée en provenance des alentours de la capitale cambodgienne, où est implantée la compagnie. Ceci permettant de traiter efficacement les déchets organiques de la ville, en réduisant directement les émissions de méthanes induites par la décomposition des matières organiques dans la nature. De plus, cela réduit les coûts de transports nécessaires à l’apport de matière première visant à concevoir du combustible. Les briquettes possèdent de meilleures propriétés que le charbon de bois habituel : pas d’odeur ni de fumée dégagée lors de la combustion, et plus longue durée de combustion à volume équivalent. Et cerise sur le gâteau : ça ne tache pas les doigts !

Un excellent combustible de cuisson

Basiquement, les briquettes produites par SGFE concurrencent le charbon dans toutes ses applications. Dans les pays dits développés économiquement, le charbon est utilisé, outre pour la production d’énergie, pour les cuissons au barbecue. Mais dans les pays en développement, c’est-à-dire les pays que nous traversons durant notre étude de 10 mois, c’est d’une manière différente qu’ils l’utilisent. En effet, c’est ici quotidiennement que la population locale utilise le charbon pour la cuisson des aliments. Nous pouvons vous le confirmer, car nous mangeons tous les jours l’ensemble de nos repas dans la rue, sur des stands très bon marché fréquentés par la population locale, connus également sous le nom de street-food. Cette nourriture présente sur les trottoirs des villes et sur le bord des routes de campagnes est cuite grâce à des fours plus ou moins performants, généralement en terre cuite (voir le rapport sur le GERES au Cambodge pour plus d’informations sur ces fours). Les braises ou le charbon sont stockés dans le four, tandis qu’un contenant de cuisson (une poêle, une casserole ou un faitout par exemple) fait l’interface entre le four sur lequel il repose et les aliments. Les avantages majeurs des briquettes sont qu’elles sont légères et donc facilement transportables en ville, mais également qu’elles ne produisent pas de fumée et ainsi ne donnent de mauvais arrière-goût aux aliments.

Un marché au potentiel colossal

La street-food est la solution par excellence choisie par les habitants des pays en développement pour se nourrir matins, midis et soirs. Ainsi, on peut trouver dans n’importe quelle rue les classiques petits stands cuisinant tous à l’aide de fours alimentés au charbon. Ceci est en partie responsable de la déforestation sans précédent qui touche actuellement le Cambodge, pour ne citer que ce pays : 200 tonnes de charbons entrent dans la capitale chaque jour, pour subvenir au seul besoin de la cuisson des aliments. La solution mise en place par SGFE et améliorée par Carlo permet de pallier ce problème gravissime. Nb : la cuisson des aliments n’est pas la seule cause de cette déforestation, avec notamment les usines de textiles qui utilisent une grande partie de la ressource biomasse du pays de manière illégale.

Un calcul très simple permet de mesurer l’impact de ces briquettes sur la déforestation : 1 kg de briquette produit par SGFE possède le même pouvoir calorifique que 1,1 kg de charbon de bois traditionnels. Il faut 6 kg de bois pour produire 1 kg de charbon. Ainsi, utiliser 1 kg de briquettes SGFE à la place de charbon traditionnel revient à sauver 6,6 kg de bois en provenance des forêts cambodgiennes.

Pour attirer ses potentiels clients, SGFE ne communique que très peu sur le côté écologique de son produit. La raison ? Ce n’est pas du tout ce qui intéresse les consommateurs, qui est une cible aux revenus plutôt modestes, qui comme vous l’aurez compris porte beaucoup plus d’intérêt à l’aspect économique de la solution proposée. Et c’est ici le plus grand défi de Carlo. Faire comprendre à ses personnes que même si le prix d’achat de son produit est plus élevé à poids égal, celui-ci est beaucoup plus efficace en terme d’apport calorifique. Ainsi, il distribue des échantillons gratuits aux potentiels clients, et mise également sur le bouche à oreille. Un procédé très efficace puisque la production a doublé en une seule année, et les stocks sont pourtant quasiment à zéro tous les soirs. Carlo projette donc d’agrandir pour la seconde fois le hangar de production, sa surface ayant déjà été doublée en 2012. En 2010, il vendait à hauteur de 4 à 5 tonnes de briquettes par mois, contre 40 tonnes aujourd’hui, et avec l’objectif de 100 tonnes par mois d’ici la fin 2014. Pourtant, il ne pèse que 0,25 % du marché du charbon destiné à la cuisson des aliments de la capitale cambodgienne, c’est dire le potentiel de l’entreprise.

La briquette Premium est actuellement vendue pour 0,27 $/kg, mais va être augmentée à 0,30 $ dès le début 2014, dû à une trop forte demande comparée aux moyens de production actuels. La briquette Diamand est quant à elle cédée au prix de 0,70 $/kg début 2014. À la question « avez-vous des concurrents sur le même marché ? », Carlo nous répond qu’en effet, une seconde entreprise développe le même produit, mais il ne le voit pas comme un concurrent, pour deux raisons évidentes. D’une part, le marché est beaucoup trop vaste pour parler de concurrence, et d’autre part les prix de la seconde entreprise étant un peu plus élevés que ceux pratiqués par SGFE, ses clients se tournent de plus en plus vers Carlo.

Concernant la distribution du produit, la moitié des consommateurs viennent directement chercher leur sac de briquettes au hangar de production, tandis que l’autre moitié se fait livrer directement au moyen d’un tuk-tuk qui effectue sa tournée quotidiennement.

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[Le tuk-tuk assurant la tournée quotidienne]

Une politique sociale responsable très développée

Lorsque Carlo a repris les commandes de SGFE, il ne s’est pas contenté d’optimiser le produit et les moyens de production. Il s’est également penché sur l’aspect social de l’entreprise, et principalement sur le bien-être de ses employés.

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[Carlo et ses employés]

Implanté en périphérie de la capitale du Cambodge, SGFE se situe dans un quartier où la majorité des habitants travaillaient précédemment comme collecteurs de déchets urbains. Mais lorsque leur employeur a décidé de mettre la clé sous la porte en 2010, ils se sont retrouvés sans emploi, et sans argent pour subvenir à leur besoin, ainsi qu’à ceux de leurs enfants. C’est à ce moment que Carlo a repris l’entreprise SGFE, qui elle aussi menaçait de déposer le bilan. Il a alors employé et formé des habitants du quartier. À l’aide de l’ONG PSE (Pour un Sourire d’Enfant), il a mis en place une politique sociale digne d’une grande entreprise. Ainsi, chaque employé bénéficie de 5 semaines de vacances par an, mais également d’un salaire suffisant pour subvenir à ses besoins primaires. Carlo paye en effet chacun de ses 26 salariés 80 $ par mois, ce qui est de loin supérieur au minimum au Cambodge (60 $/mois). De plus, les employés de SGFE bénéficient d’un 13e mois, avantage extrêmement rare dans cette région du globe. L’accès à l’éducation est également fourni aux enfants des employés, qui ont donc pu retrouver le chemin de l’école. Pour terminer, Carlo oblige ses employés à porter des chaussures de sécurité, sous peine d’une amende de 1 $ s’il les surprend en tongs !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA[Les partenaires de l’entreprise]

Notre analyse

La transformation effectuée par Carlo lorsqu’il a repris l’entreprise est une réelle merveille, tant sur le plan technique que social. En effet, le processus de production, en plus de récupérer et ainsi de recycler des matières organiques, est optimisé de manière à ne consommer que le minimum d’énergie nécessaire à la production des briquettes, en réutilisant notamment la chaleur des fours pour le séchage. De plus, la main d’œuvre, qui fournit tout le travail à l’exception de la partie carbonisation, permet de réduire les dépenses énergétiques de la production. Ce qui nous amène directement à l’aspect social du modèle mis en place par Carlo, véritable référence en terme d’amélioration du niveau de vie de ses employés.
Nous avons pu ressentir la sympathie de ce personnage dès notre première conversation téléphonique avec lui, qui s’est confirmée lors de notre visite, en constatant avec quelle passion il manage son équipe, qui notre visite, en constatant avec quelle passion il manage son équipe, qui ressemblerait presque à une véritable famille.

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