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Mar-2014

Sonati : un business touristique pour offrir une éducation environnementale gratuite aux enfants de la région – Léon et Esteli, Nicaragua

logo_sonatiNous n’avions initialement pas prévu de rencontrer l’ONG Sonati. Fraichement arrivés à Esteli, au nord du Nicaragua, nous sommes tout d’abord allés dans l’hôtel le moins cher de la ville, pour découvrir le lendemain l’existence de Sonati. En se promenant dans cette petite ville, on peut difficilement passer à côté de la présence de cette ONG…

Prendre les choses en main pour transmettre un savoir considéré comme fondamental

OLYMPUS DIGITAL CAMERA D’après Nony Dattner, qui a fondé Sonati en 2009, le changement ne peut uniquement être réalisé qu’à travers un système éducatif gratuit, généralisé et économiquement viable. « Dans le but de préserver notre héritage au Nicaragua, nous devons commencer par l’état d’esprit des gens ». Pour ce faire, la solution trouvée par Sonati est donc la suivante : éduquer les enfants de 4 à 18 ans sur l’environnement qui les entoure. Ces cours, indispensables dans l’éducation des jeunes d’après Sonati (et d’après nous même, bien évidemment), ne font pourtant pas partie du programme de l’éducation nationale nicaraguayenne.

L’ONG a ainsi pris les choses en main, en créant elle-même un programme assez large, qu’elle dispense dans une quarantaine d’écoles situées aux alentours d’Esteli et de Léon, dans le nord Nicaragua.

Chaque mois, plus de 1000 enfants participent aux programmes mis en place par l’ONG. Ce sont principalement des écoles privées qui en bénéficient, mais Sonati est également en train de chercher à faire approuver ses programmes par les écoles publiques.

Des cours vivants et participatifs pour des enfants enjoués

Les permanents et volontaires de Sonati ne désirent pas seulement éduquer les enfants à propos des problèmes et solutions concernant leur environnement de vie. Ils souhaitent également transmettre leur passion, leur amour de la nature. Ainsi, à l’aide de visuels, de jeux, de travaux de groupe, etc., ils rendent leurs formations passionnantes. Des créneaux horaires sont spécialement réservés dans chacune des écoles, durant lesquels les professeurs se retirent, pour laisser place aux personnes de Sonati. Nous avons même eu la chance de participer à l’une de ces séances ! Lors de celle-ci, les deux volontaires allemandes qui ont animé la demie-heure de formation ont été captivantes sur une courte période de temps dynamique, permettant de garder l’attention et l’intérêt de tous les élèves présents.

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Les sujets abordés sont variés, allant de l’écosystème au recyclage, en passant par la faune, la flore, le changement climatique, les trafics d’animaux, et bien plus.

Des activités en plein air pour faire entrer l’environnement dans le coeur de ces enfants

En plus des cours dispensés sur le temps scolaire, Sonati propose des activités en plein air : observation des oiseaux, trekking, camping, marches de nuits pour découvrir d’autres animaux encore méconnus des participants, etc. C’est une manière d’aller sur le terrain voir de leurs propres yeux ce qu’ils ont appris théoriquement lors des cours à l’école. Le but de ces excursions est de les faire aimer purement et simplement l’environnement qui les entoure. Pour la majorité d’entre eux, ces excursions sont un moyen de s’évader du quotidien et de participer à des activités qu’ils n’ont pas la chance de découvrir avec leurs parents. Et ce, toujours gratuitement !

Un financement original

Pour réussir à subvenir ses besoins financiers (salaires des quelques employés, matériel pédagogique, outils de communication, entre autres), Sonati trouve la majorité de ses revenus grâce au tourisme. Au tourisme ? Oui, tout à fait ! L’ONG possède deux auberges de jeunesse, et l’argent dépensé par les hôtes va directement aux programmes d’éducation. De manière à réduire ses charges liées au personnel de l’auberge, Sonati propose aux hôtes d’y faire du volontariat : en échange du gîte et du couvert, ceux-ci doivent tenir des permanences à la réception de l’auberge. De plus, Sonati propose des tours organisés pour visiter les alentours. À l’auberge d’Esteli par exemple, on vous propose d’aller visiter une fabrique de cigares (spécialité de la ville, de renommée mondiale), aller faire un trek jusqu’à une cascade, ou encore aller faire du canyoning dans les gorges de Somoto. Pour les avoir comparés avec les autres tours organisés proposés dans d’autres agences de tourisme des environs, nous avons constaté qu’en réalité les prix pratiqués chez Sonati ne sont pas plus élevés qu’ailleurs, voir même plus faibles que d’autres auberges de jeunesse plus populaire où viennent beaucoup d’Américains durant leur « spring break ». Bref, on constate alors qu’une bonne gestion d’une activité touristique classique permet l’optimisation des coûts qui y sont liés, mettant ainsi suffisamment d’argent de côté pour dispenser des formations à un nombre important d’élèves.

Pour réduire ses charges au strict minimum, ce sont majoritairement des bénévoles qui dispensent les cours. En effet, qu’ils fassent partie d’une association humanitaire ou qu’ils soient venus par leurs propres moyens, ces bénévoles s’engagent à rester en moyenne une année entière. Cela laisse le temps au personnel employé à plein temps par Sonati de former ses bénévoles concernant la pédagogie dans le domaine de la protection de l’environnement. Les quelques employés de Sonati, que ce soit à l’auberge ou concernant l’éducation, sont des locaux qui ne vivent pas dans un confort abusé. À titre d’exemple, le salaire le plus élevé de l’ONG est celui du directeur, qui touche la modique somme de 300 $ par mois.

Un programme spécialement conçu pour former de « futurs ambassadeurs environnementaux »

En plus des cours et activités en plein air, Sonati a mis sur pied un programme destiné à former un effectif réduit d’élèves. Cette trentaine de jeunes, sélectionnés suivant leur degré de motivation, est âgée de 9 à 11 ans lorsqu’ils entament le programme. Celui-ci, toujours gratuit, est étalé sur une période de 7 ans. Deux fois par semaine, des cours sur l’environnement et sur la langue anglaise leur sont dispensés. Ils ont pour but de former ceux qui deviendront les ambassadeurs environnementaux de demain. Durant et après leur formation, ils communiqueront à leur entourage les bienfaits de la protection de l’environnement, ainsi que les bonnes pratiques à mettre en place. La bonne connaissance de l’anglais facilite cette transmission de savoir.

La préservation des animaux en voie d’extinction : un programme qui mobilise les troupes

Un des programmes pour lequel Sonati est reconnu, c’est celui contre le trafic d’animaux. L’ONG a mis en place une campagne de communication visant à faire connaître au grand public les trafics qui se déroulent dans leur propre pays. Pour ce faire, ils ont créé des posters, et même réalisé une vidéo pour attirer le regard du public sur ces activités illégales. De cette manière, ils se battent contre les vendeurs d’animaux, les cirques, ainsi que les restaurants qui proposent des animaux sauvages au menu. Concernant les cirques, il faut savoir que le gouvernement costaricain a décidé de relâcher tous les animaux des cirques publics dans la nature, se servant maintenant des lieux pour recueillir les animaux ayant besoin de soins. Pour les habitués de la langue de Shakespear : inhabitat.com


La campagne a fait mouche auprès des étudiants, qui se sont réunis pour manifester aux abords des cirques qui maltraitent leurs animaux. Une fois de plus, ces jeunes manifestants jouent ensuite un rôle d’ambassadeur auprès de leur entourage, les informant sur les effets négatifs du trafic d’animaux : extinctions d’espèces, déséquilibre au niveau de la biodiversité, dégradation d’un écosystème tout entier, etc.

Développer un véritable tourisme vert, aux bénéfices des communautés locales

Mais l’ONG ne s’arrête pas là, puisqu’elle a créé un site internet visant à recenser les lieux touristiques et écologiques du pays. Sous le nom de Econica.org, le site décrit les attractions naturelles à l’aide de contenu multimédia notamment. La plateforme permet également à Sonati de promouvoir le réseau de communautés rurales qui œuvrent pour la conservation des forêts, et qui acceptent d’ouvrir leurs portes aux écotouristes. Ceux-ci viennent ainsi vivre quelques jours auprès de ces familles rurales, permettant ainsi de leur fournir un revenu complémentaire à leur activité principale. Le principe a été très bien accepté par ces communautés. En développant une activité économique qu’est le tourisme dans ces zones rurales, Sonati donne une bonne raison aux communautés locales de développer leurs actions de protection de l’environnement. L’argent des touristes va directement aux communautés rurales, ainsi qu’aux projets de reforestation.

Dans le futur, Sonati prévoit la construction d’un éco-lodge dans une zone reculée du Nicaragua, encore inconnue des touristes. En développant ce type de tourisme, très en vogue en ce moment, l’ONG promouvoir l’écoresponsabilité des voyageurs, mais permet aussi aux communautés vivants dans cette zone d’en tirer un bénéfice financier.

Mais se pose la question de savoir si oui ou non, ces communautés avaient réellement le besoin et l’envie de voir des touristes débarqués dans leur petite communauté souvent à l’écart de la mondialisation. Certes, cela leur procure une source de revenu supplémentaire. Mais cela augmente également le risque de voir apparaitre un tourisme de masse, avec les nombreux effets négatifs qui en retournent. Cet article n’a pas pour but de traiter ce problème certes, mais il nous semble bon d’en parler tout de même. Pour plus d’informations sur l’influence du tourisme de masse sur les communautés locales : www.ammado.com qui recense brièvement les impacts positifs et négatifs, mais aussi, pour les plus intéressés : www.cetri.be et elalaoui.free.fr

Des articles qui traitent des influences tant sur le plan social, économique, qu’environnemental des touristes du Nord venus visiter les pays du Sud.

Un festival de l’environnement chaque fin d’année scolaire

OLYMPUS DIGITAL CAMERAÀ la fin de chaque année scolaire, Sonati organise à Esteli et à Léon, une semaine festive consacrée à l’environnement. C’est notamment lors de ce festival qu’a lieu le grand concours inter-écoles. Le principe : sur un mur de plus d’une centaine de mètres de long en plein centre-ville, les différentes écoles participantes doivent réaliser un dessin à l’aide de bouchons en plastique récupérés sur les bouteilles d’eau et de soda. Ces bouchons sont collés sur le mur à l’aide d’un peu de ciment. Le résultat final est une gigantesque fresque très colorée, avec uniquement des dessins prônant le respect de l’environnement. Plusieurs prix sont décernés : message véhiculé par le dessin, beauté de la réalisation, etc. Une initiative de Sonati qui permet aux enfants de réfléchir aux problèmes environnementaux afin de trouver une inspiration pour leur dessin, mais qui permet également de faire passer un message à tous les habitants d’Esteli, ainsi qu’aux personnes de passage, notamment les touristes. En plus, cela permet de donner une seconde vie à une grande quantité de bouchons plastique.

Des circuits en pleine nature sont également mis en place, ainsi qu’un grand défilé dans les rues des deux villes. Encore un bon coup de communication concernant la protection de l’environnement du nord Nicaragua.

Pour avoir une vue d’ensemble de l’activité de Sonati :

Notre analyse

Sonati, grâce à son système de financement hors du commun, a mis en place en quelques années un système éducatif durable, tant sur son contenu qu’économiquement. Un système qui véhicule un message de manière efficace grâce notamment à la pluridiciplanité de celui-ci : cours courts, mais intenses à l’école, puis découverte et mise en pratique sur le terrain. Après la transmission de son savoir aux enfants des écoles, c’est sur la communication à l’entourage des enfants que mise Sonati. En effet, avec ses multiples peintures murales véhiculant chacune un message, ainsi qu’avec sa formation d’ambassadeurs du développement durable, ou encore son festival annuel, l’ONG fait tout son possible pour que la transmission de savoir se fasse à la plus grande échelle possible.

Ainsi, chacun peut être sensibilisé, dans un pays où l’éducation environnementale ne fait pas (encore) partie du programme de l’éducation nationale.

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