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Août-2014

Une laverie respectueuse de l’environnement, vitrine d’une véritable envie d’agir contre le réchauffement climatique – The (eco) Laundry Company, Buenos Aires, Argentine

Jeune entrepreneur australien, Phillipe Christodoulou nous a ouvert les portes de sa première laverie, installée à Buenos Aires. Désirant œuvrer activement contre le phénomène du réchauffement climatique, c’est à travers une chaîne de laveries écologiques qu’il a décidé de faire passer son message. Un simple commerce qui en réalité cache un véritable vecteur pour promouvoir efficacement les principes du développement durable.

Une vraie réussite !

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Phillipe et nous-même, lors de l’entrevue, avec un tricycle servant lors des livraison de linge

Une reconversion pour enfin pouvoir agir en faveur de l’écologie

En 2008, Phillipe travaillait encore dans une banque d’investissement londonienne. Déjà, il tentait comme il pouvait de faire passer un message, celui de la lutte contre le réchauffement climatique. Certains l’ont pris pour un fou, la veille des vacances de Noël, lorsqu’il a offert à chaque membre de son équipe une ampoule basse consommation pour remplacer les ampoules à incandescence qui équipaient à l’époque les bureaux où il travaillait. Une façon bien à lui d’œuvrer pour sa cause.
Après ces quelques années en Grande-Bretagne, Phillipe a besoin d’un bol d’air frais, et surtout de se recentrer sur lui-même et de chercher au plus profond de lui une manière efficace d’agir pour défendre ce en quoi il croit. Il va donc chercher l’inspiration dans un temple bouddhiste à Chiang Mai, au nord de la Thaïlande, où il fera une « cure de silence ». Ressourcé et plein de motivation, Buenos Aires, capitale argentine, s’impose à lui comme la ville où il va pouvoir effectuer un nouveau départ. Il s’y installe, cherchant toujours une idée novatrice qui lui permettrait de faire passer son message.
C’est un jour comme les autres, alors qu’il allait laver son linge à la laverie du quartier, qu’il trouvera ce qu’il cherchait depuis si longtemps. Malodorante, triste, une chaleur insupportable, des clients se plaignant de vols de linge, c’est ce dont se souvient Phillipe à propos de cette laverie. Le déclic lui vient naturellement : pourquoi ne pas créer un lieu où les gens pourraient venir laver leur linge, passer un agréable moment en attendant la fin de la machine, dans un endroit chaleureux, accueillant, au doux parfum champestre, le tout en ayant le sentiment de ne pas polluer abondamment et de détruire l’environnement ? C’est ainsi qu’est née l’idée de « The (eco) Laundry Company », en janvier 2010.

La laverie : « un business sale »

Le choix de faire passer son message à travers une chaîne de laveries n’est pas si anodin. C’est en effet, si on s’y penche de plus près, un « business sale », pour reprendre l’expression employée par Phillipe. Avec ses machines gourmandes en énergie, ses lessives destructrices de l’environnement, ses véhicules de livraison augmentant le degrés de pollution de la ville, et j’en passe, la laverie classique a un impact environnemental désastreux ! C’est donc un bon business pour promouvoir de bonnes pratiques écologiques. Pour atteindre son objectif, Phillipe s’est associé avec un de ses anciens clients, le français Jean Calleja.

Des mesures efficaces pour réduire l’impact environnemental du commerce

–> Les sacs de transport du linge

Première chose lorsque vous venez pour la première fois laver votre linge chez The Laundry Company, on vous offre un sac en coton organique. Cela commence bien ! En effet, de manière à éviter l’utilisation de sacs plastiques, il suffit de prendre l’habitude de mettre son linge dans un sac réutilisable, et celui-ci vous est fournit gratuitement. Bien entendu, autant en profiter pour communiquer sur sa compagnie, en apposant logo et contact sur le devant du sac.

–> Un bâtiment respectueux de l’environnement

Pour pousser à fond le concept, Phillipe a décidé d’implanter son premier magasin dans un nouveau bâtiment, tout juste construit à l’aide de matériaux organiques. Les lampes utilisées pour l’éclairage sont également de type basse consommation, nous précise le patron.

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Un lieu où l’on se sent bien !

–> Des lessives plus respectueuses de l’environnement

Un des produits incontournables d’une laverie, c’est bien entendu la lessive. Mais c’est pourtant un des plus nocif pour la nature. Alors, Phillipe a décidé que ses magasins auraient recours à des lessives à l’impact environnemental réduit au minimum. En effet, après utilisation, les lessives se retrouvent dans les eaux usées, puis, après traitement en station d’épuration, dans la nature. Il est donc très important de se pencher sur la composition de la lessive utilisée, surtout concernant les potentielles molécules labiles, toxiques et rémanentes. Cela peut être par exemple les détergents (nocifs pour les amphibiens, les poissons et l’Homme), les alcalins (qui modifient l’équilibre des écosystèmes aquatiques), les phosphates (qui peuvent causer des marées vertes qui étouffent les milieux aquatiques), les chélatants (un véritable poison), les agents de blanchissement (comme la javel ou les peroxydes, puissants oxydants qui peuvent détruire la matière organique), et même des produits dérivés du pétrole ou d’huile de palme, très polluants. Vous l’aurez compris, une lessive « classique » peut être extrêmement nocive pour l’environnement !
Phillipe à donc choisi une lessive la plus respectueuse de l’environnement possible, dont même le plastique d’emballage provient de matières recyclées, et est recyclable à son tour. Quand on l’interroge sur la volonté de développer sa propre lessive, le patron nous indique clairement que ça n’a aucun intérêt : il y a déjà assez de produits écologiques sur le marché, en développer un nouveau serait une perte de temps et d’argent. En revanche, il nous avoue qu’il est plus difficile de trouver de l’adoucissant écologique, en particulier en Argentine.

–> Des machines basse consommation utilisées judicieusement

Pour se fournir en machines à laver, base de son commerce tout de même, Phillipe a opté pour des machines basses consommation en eau et en énergie. Et pour ne pas tout gâcher en les utilisant à pleine puissance, un lavage à basse température est préféré dès que possible, réduisant significativement la consommation électrique. Jusqu’à présent, aucun client ne semble s’être plaind du résultat.
Le tout permet de réduire d’en moyenne 40% la consommation électrique, comparé à des machines classiques utilisées de façon non optimale.

–> Une livraison responsable

Un service de livraison du linge propre est proposé. Mais pour ne pas casser l’élan écologique qu’a pris Phillipe, les sacs de linges sont livrés à l’aide d’un tricycle rouge à l’effigie de la compagnie. Cependant, le patron nous avoue qu’étant donné que la grande majorité de ses clients habitent à moins de 5 pâtés de maisons du magasin, c’est à pied que se réalisent le plus souvent les livraisons. En revanche, le service n’est pas proposé pour les clients habitants dans les autres quartiers de la capitale (qui s’étend sur plus de 200 km², ne l’oublions pas).

–> La compensation carbone, ultime moyen d’annuler le faible impact environnemental de la compagnie

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Certaines actions du magasin sont affichées

Même après tout ces efforts, The Laundry Company n’obtient évidemment pas un bilan carbone nul. En effet, il reste de nombreux facteurs sources de pollution, comme l’alimentation électrique du magasin (machines, éclairage, transport des matières nécessaires au bon fonctionnement de la laverie, etc.). La solution adoptée par Phillipe, c’est la compensation carbone, par le biais de plantation d’arbres. Il suffit en effet de calculer la quantité de carbone produite directement et indirectement par l’activité en question, puis de compenser en plantant le nombre d’arbres équivalents. Au début de l’activité, c’est Phillipe lui-même qui allait planter les arbres, dans la campagne de Buenos Aires. Maintenant que le business est lancé, il fait appel à WeForest.org, une ONG qui lui propose, moyennant paiement, de planter à sa place la quantité d’arbres qu’il désire, en Afrique en l’occurrence.

–> Un centre de collecte pour les matières plastiques

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L’affiche indiquant la présence d’un point de collecte

Toujours avec la volonté de faire de ses magasins une vitrine pour les bonnes pratiques environnementales, Phillipe a décidé d’inscrire l’actuelle laverie de Buenos Aires sur la liste des points de collecte des déchets plastiques. En effet, il n’y a pas encore de collecte au porte à porte pour les matières plastiques en Argentine. Mais en revanche, quelques centres de tri existent bel et bien. Le ramassage est donc organisée dans des centres de collectes, qui sont en réalité des magasins de la vie de tous les jours, où il est possible de déposer ses bouteilles d’eau vides et autres déchets plastiques. Une fois par semaine, un camion vient pour récupérer les déchets collectés. Ces magasins sont reconnaissables grâce à l’autocollant jaune apposé sur la vitrine. The Laundry Company en fait donc partie. Cela permet dans un même temps d’attirer de potentiels clients dans la laverie, un bon point pour les affaires!

Un concept qui fonctionne… et qui s’attaque aux Etats Unis of America !

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Vitrine de la première laverie de Buenos Aires

Lorsqu’on le questionne sur l’avenir de « The Laundry Company », Phillipe nous confie que déjà d’autres laveries ont ouvertes, à l’étranger. En effet, un store a ouvert en 2012 à New York, poussant le concept encore plus loin.
Alimenté par des éoliennes, des panneaux solaires et de l’eau recyclée, la nouvelle laverie est donc notamment totalement autonome au niveau de son alimentation électrique. De ce fait, cette laverie encore respectueuse de l’environnement n’est pas appelée « The Laundry Company », mais bénéficie de la distinction « The Eco Laundry Company ». Le but ultime est que toutes les laveries du groupe possède cette appellation. Mais il n’est pas si facile de développer ceci en Argentine par exemple. A New York, où la voiture électrique est chose courante, la livraison à domicile se réalise via ce moyen de transport, permettant d’augmenter significativement la zone de chalandise. De même, il est plus aisé de trouver de la lessive ou même de de l’adoucissant organique à New York qu’à Buenos Aires.
Finalement, concernant les prix pratiqués chez « The (eco) Laundry Company », le principe est tout simple. Le but étant d’offrir à ses clients un service de qualité et plus que tout respectueux de l’environnement, le prix ne sera pas dans la fourchette hautes des tarifs pratiqués dans la ville. En revanche, le service étant plus développé qu’une simple laverie bas de gamme comme celle où Phillipe a eu l’idée de lancer son concept, il n’est pas logique d’appliquer des tarifs situés dans la fourchette basse. Le patron a donc décider de moyenner les prix appliqués dans le quartier où se trouve un magasin, et d’appliquer ce tarif à ses services. Simple comme bonjour !
La reconnaissance de la démarche développement durable via la certification « B-corporation »

Tous les efforts mis en place par l’équipe de « The Laundry Company » se voient désormais récompensés depuis octobre 2013 par l’obtention de la certification « B-corporation ». Oui, mais encore ? Entendez par là « Benefit corporation », traduisible en français « entreprise d’intérêt pour la société ». Il s’agit d’un type d’entreprise spécialement mis en place pour les entités qui prennent en compte, en plus du profit, la société et l’environnement dans leur processus de décision. L’entreprise doit donc avoir un impact positif significatif sur la société et l’environnement. La transparence est un des maître-mots d’une B-corporation. Elle se doit de publier annuellement un rapport sur ses activités, auquel ses consommateurs ont accès. Ceux-ci peuvent juger des méthodes employées par l’entreprise en question envers la société et l’environnement. Il existe actuellement 1053 B-corporations réparties dans 34 pays, regroupant 60 industries différentes.

Un avenir prometteur

Phillipe nous confie que développer la laverie de New York a été plus facile qu’en Argentine, de part la facilité d’accès aux différents produits respectueux de l’environnement dont il avait besoin.
Lors des deux premières années d’activités aux États-Unis, le concept a attiré plus de 2 500 clients. L’objectif que se fixe le patron est d’ouvrir 63 nouvelles laveries à New York dans les cinq prochaines années. Trop optimiste ? Nous ne pensons pas. Une fois un solide business model comme celui-ci mis en place, il est aisé d’ouvrir de nouveau points de vente en suivant le même concept.

Aucune campagne de communication n’a été mise en place depuis la création de la compagnie, qui n’est active que sur Twitter, Facebook, Instagram et sur son site web. Phillipe nous justifie ce choix: « Ici, nous tenons nos promesses, et allons même plus loin que cela. Dans la majorité des cas, une publicité sur un produit ou un service vante des qualités qui dans la réalité ne sont pas si extraordinaires que ça. De notre coté, nous préférons agir efficacement en faisant tout ce qui est en notre pouvoir que de promettre la lune. » Une philosophie qui semble fonctionner à merveille.

Notre analyse

Cherchant initialement à développer une compagnie lui permettant de promouvoir le respect de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique, Phillipe a réussi à atteindre son objectif. Sa chaîne de laveries écologiques ne propose pas un simple service. Elle est en réalité un véritable vecteur de bonnes pratiques simples mais également efficaces. Un véritable modèle d’entreprise applicable dans de nombreuses industries. Il a réussi à prouver qu’une activité connue de tous, en tant que néfaste pour l’environnement, pouvait être changée en une activité durable. La certification « B-corporation » permet à « The (eco) Laundry Company » de prouver son véritable intérêt tant pour la société que l’environnement, prioritaires sur son profit lors de ses prises de décision. Une certification reconnue mondialement, qui va permettre à Phillipe de se rapprocher de son objectif ultime : faire de The (eco) Laundry Company la première chaîne de laveries écologique de la planète. Ambitieux ! Un objectif respectable, qui permettrait de faire passer un message important par le biais d’un simple service de la vie de tous les jours.

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